03.07.2009

Nombril du moi

On avait dit "on se prend pas la tête, c'est un long chemin, qui se compte en années, on va pas s'emballer".
On avait dit "Plus on se focalise dessus, moins on a de chances que ça marche".

Alors on s'était détachées.
On avait rangé les courriers, les ordonnances dans un coin du cerveau et on répondait aux amis comme si on parlait des dernières infos de geépolitique de la Corée du Nord.
"Des enfants? oui, oui, on va en faire... quand? bah en ce moment mais bon c'est pas important.. vous avez entendu ces manifestations en Iran?"

Et devant leur air ahuris, surpris, excités, on s'excusait presque de pas être plus à fond dedans, de pas sautiller sur place, de pas avoir réservé le prime time de canal+ pour annoncer la nouvelle...
Emilie Besse "Linem&Will bonjour, vous venez de vous marier, la france retient son souffle, les rumeurs courent, on parle de multiples visites chez le médecin et d'arrêt de l'alcool, est ce que je peux vous poser la question que tout le monde se pose... attendez vous un enfant?
Will ".. silence...(moi je dis rien, Emilie je te déteste!!!)
Linem "Ecoutez Emilie, tout d'abord je vous adore je vous le dis, et puis s'il faut rassurer la France, oui je crois qu'on peut le dire, même si l'attente sera surement plus longue que la moyenne, oui attendre un enfant oui je crois qu'on peut le dire"
Il y aurait eu des feux d'artifices, des cotillons, un méga effet d'annonce et des bandeaux publicitaires de breaking news sur toutes les chaines.

Au lien de ça, on a répondu dans le vague. On a minimisé ce qui est pourtant la plus grande décision que nous ayons jamais prises (juste derrière celle de remplacer la Carlsberg par de la 1664Blanche). On a changé de sujets comme on sait si bien le faire, on a dit "Oui oui on revient de Bruxelles mais vous emballez pas, c'est pas pour tout de suite, ce sera long, on veut pas s'emballer, 2010, 2010 pas avant"

A force de tellement minimiser on en a même un peu oublié de parler entre nous. Genre "J'ai peur moi non plus...". On a rectifié depuis.

Pourtant il le faut... c'est déjà dur, ce sera impossible si on compte les jours dès maintenant. Ce sera trop lourd si on s'en détache pas.
C'est devenu tellement concret, c'est devenu tellement proche. Notre nouveau frigo est plein et la porte me nargue de tous ces noms qui me font peur un peu. C'est dur de pas s'emballer quand on regarde le chemin qu'on a déjà parcouru. Et pourtant il en reste un tellement plus long.

Je veux pas me lever tous les matins en pensant à compter les jours des cycles. Je veux pas m'endormir le soir en me demandant dans quel ordre on va pouvoir faire tous les examens qui restent a faire. Je veux pas tout ca. 

Alors pourquoi j'arrive pas à détacher mes yeux de mon nombril ?

Ecrire un commentaire